Jardiner tue

Publié le par Helene

Je suis tombée sur Le Figaro lundi, par hasard, et j'ai découvert "La page verte"... Tiens, eux aussi, ils s'y mettent... Je m'attendais à y trouver tout un tas de publicités pour "acheter vert" (ben oui, faut continuer à consommer pour être un bon français, à ce qu'y parait...) et puis non, je tombe sur un article de Sylvain Tesson, que je vous livre ici:

Il y a les armes de destruction massive qui n'existent pas, celles qui existent bel et bien, et celles qu'on trouve dans la grande distribution. Le dimanche, virée en famille au Jardiland du coin.
On achète des plantes, des graines pour le hamster du petit, un poisson rouge (le précédent est mort la veille), du désherbant et un peu d'anti-limaces.

Krings, Antoon : Mireille L'abeille (Livre) - Livres et BD d'occasion - Achat et vente A haute voix, l'énumération a des airs d'antipoème de Prévert. Parfois, des mentions euphémiques  et paradoxales accompagnent ces gracieusetés: "ne pas traiter en présence des abeilles" ou "attention, ce produit peut porter atteinte à la faune auxiliaire" (sic!) ou "ne pas traiter sur un terrain risquant un entraînement vers un point d'eau". Les carrés rouges indiquant qu'il s'agit de produits toxiques aux irrémissibles effets environnementaux sont imprimés en minuscule sur le fond du paquet, à côté du prix à payer. Qui n'est pas le bon. Car le vrai prix, c'est la nature qui s'en acquitte.

A force d'épandre ici et là des anti-liserons, anti-mousses, anti-algues, anti-lichens,anti-ronces, anti-chardons, anti-pucerons, anti-chenilles, anti-taupes, anti-souris, anti-volants, anti-rampants, anti-tout pour obtenir des jardins aussi tristes qu'une moquette, c'est la totalité du territoire qu'on empoisonne et le printemps qu'on rend silencieux. Conseil aux jardiniers: pour faire des économies, coulez une dalle de ciment sur l'herbe.

Les analystes politiques ne cessent de proclamer qu'il faudra des décennies pour réduire l'impact écologique de l'industrie lourde, de l'agroalimentaire, de la surpêche... Soit. Visons donc de modestes objectifs et exigeons l'interdiction de la vente libre de tonnes de poisons à des millions de particuliers désireux de tenir leur jardin en laisse. Bayer CropScience, Fertiligène, BHS, Capiscol et Monsanto ne feront point faillite parce qu'on épargne les pissenlits. Ou alors, il faudra modifier les histoires qu'on raconte aux enfants. Leur dire la guerre chimique qu'on pratique dans les gazons et leur décrire les petites bêtes succombant aux hémorragies, trouble du système nerveux et autres raffinements concoctés pour la gloire du jardin moderne. Ou encore, il faudra leur expliquer qu'en plus de polluer, on les trompait lorsqu'on leur racontait des histoires au lit, le soir.


Sylvain Tesson est géographe de formation. Il effectue sa 1ère expédition en Islande en 1991, enchaîne avec un tour du monde à vélo, traverse les steppes d'Asie Centrale à cheval, et marche de la Sibérie jusqu'en Inde.
Il voyage la plupart du temps par ses propres moyens, sans le soutien de la technique moderne, en totale autonomie. Ici, la liste de ses récits d'aventures. Demandez-les à votre bibliothèque!

Et pour rester dans le registre de Dame Nature, je vous invite à visiter le site d'une association basque
"Euskal Herriko Laborantza Ganbara" qui défend une agriculture paysanne et écologiquement responsable. Elle est harcelée depuis 4 ans par le Préfet, et le gouvernement (qui soutient l'agriculture industrielle...) cherche à l'interdire. Pour l'aider, merci de signer la pétition, et de faire passer l'info...

Avec les beaux jours, et en attendant les indispensables prochaines pluies, profitez de votre jardin ou des espaces verts de votre ville, et faîtes comme les enfants: à quatre patte, observez les insectes et autres vers de terre: c'est fascinant... un peu comme regarder la mer. On se sent tout petit, faisant partie d'un grand tout.

Hélène







Publié dans Écologie

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Océane 07/11/2012 08:54

Félicitations pour l’article. J’ai retrouvé beaucoup d’informations intéressantes.

j.noel 20/03/2009 19:26

bonsoir hélène.
Il existe aussi la culture par compagnonnage qui a fait ses preuves depuis longtemps.
Exemple tout simple, l'ail aime bien la présence des roses et des framboises, il éloigne aussi certains insectes nuisibles. Les oignons aident à éloigner les mouches des carottes et les carottes aident à éloigner les mouches des oignons....et bien d'autres encore...
ahhh si tous le monde si mettait ...
@ bientôt
J.noel

concierge durable 19/03/2009 10:13

Un article surprenant effectivement du fait du lieu où il se trouve...ça fait du bien de lire ça. Merci Hélène.
Nous aussi notre bout de jardin est une aubaine pour les "nuisibles"...les limaces sont toujours ramassées et portées à l'abri pour ne pas être écrasées, les escargots sont mis à l'ombre, les papillons s'éclatent dans nos fleurs sauvages, les fourmis sont observées attentivement, les pucerons aussi un peu trop (mais une coccinelle était là ce matin pour dire qu'elle allait reprendre cela entre ses pattes).

Nadette 19/03/2009 08:29

A notre -minuscule- niveau, nous banissons les produits chimiques au jardin : nous faisons notre compost avec les feuilles mortes ramassées à l'automne, j'amende le potager uniquement avec de l'or brun (aucun autre engrais, et ça marche très bien !), et je me sers des cendres de la cheminée comme "anti-limaces"... je confirme, elles n'aiment pas du tout !. Non seulement tout ceci est naturel, mais en plus, nous faisons des économies... par les temps qui courent, ce n'est pas négligeable !.

Lucie Trellu 19/03/2009 08:24

Personnellement, je n'ai pas de jardins, mais j'ai des amis qui s'essayent à la permaculture, et ça donne drôlement envie !
Leur blog : http://selenefaure.blogspot.com/