Yves Cochet et la décroissance - ou son "AntiManuel d'écologie"

Publié le par Helene

Yves Cochet, député Vert de Paris, a dialogué avec les internautes pour le journal Métro à l'occasion de la sortie de son livre AntiManuel d'écologie aux Editions Bréal (parution: 9 mars 2009.)

Mutualisons les livres: profitez-en pour demander à votre bibliothèque municipale de le commander!



Résumés du livre ici et ici.



Je vous livre ci-dessous, tels quels, les dialogues entre Yves Cochet et les internautes...

Hélène

Yves Cochet: Bienvenue aux internautes.

Malo: Bonjour. Pourquoi un "anti manuel", ça ne s'apprend pas l'écologie?


L'écologie scientifique est une discipline universitaire. Mais mon "Anti manuel" a une ambition plus vaste : une vision du monde dans tous ses aspects, de la vie individuelle à la vie collective, du village à la planète.

Nature : C'est quoi le schéma si on continue comme ça?

Si "on continue comme cela", c'est-à-dire l'exploitation sans limites des humains et de la planète, on va dans le mur, très bientôt.

Pommedeterre : Vous prônez la décroissance... Comment imaginez-vous ce système?

La décroissance est déjà commencée. Mais, peu de personnes l'ont anticipé. C'est pour cela que l'on va dans le mur. Mieux vaut la décroissance choisie, démocratique et solidaire, que la décroissance subie actuelle. De toute façon, qu'on le veuille ou non, la décroissance (de notre empreinte écologique, nous le milliard le plus riche) est inéluctable.

Je suis surtout effrayé par l'aveuglement des dirigeants économiques et politiques actuelles, englués dans des modèles du monde dépassés.

Nathy : Quelles sont les priorités environnementales aujourd'hui?

Réduire les consommations d'énergie et de matières premières non renouvelables. C'est-à-dire, les trois quarts des richesses matérielles de notre mode de vie occidental insoutenable.

Naturelle : Comment mesure t'on son empreinte écologique?

En calculant les nombre d'hectares qu'il faut pour extraire les énergies et les matières qui nous font vivre, et recycler nos déchets après la consommation. Si toute l'humanité vivait comme les habitants de la France, il faudrait trois terres : c'est impossible, donc il nous faut décroître.

Truite : Chez vous, c'est chauffe-eau solaire, ampoules basse alimentation et tout le toutim ?

Oui. Mais cela ne suffit pas : ce n'est pas qu'une question de changement de technologie, c'est un changement de civilisation. Inutile de faire du solaire ou de l'éolien avec notre mode de vie occidental, ça ne marchera pas.

Honte : "Total" annonce 13-14 milliards d'euros de bénéfices pour 2008...
Quand les politiques auront-ils enfin le courage d'instaurer une taxe, c'est scandaleux...


D'accord avec vous. Les députés Verts ont proposé un prélèvement exceptionnel de 5 milliards pour financer le basculement écologique de l'économie.

Tranche : Et le Grenelle: vrai progrès ou gros coup de com?

Les deux, bien sûr ! Un peu de sincérité et beaucoup d'illusions.

Andouillette : A l'heure de la crise, une économie verte est elle possible?

Oui. Mais, je le répète, cela ne suffira pas du tout. Il faut aussi changer les bases même de nos modes de production et de consommation.
Exemples : les voitures "vertes" sont une illusion. Ce sont nos modes de déplacement et notre soif de mobilité qu'il faut entièrement changer.

Slumbog : Quelle place pour l'alimentation bio? Pensez-vous vraiment qu'elle puisse nourrir le monde?

Un rapport de la FAO du printemps 2007 estime que oui. Mais il faudrait pour cela un immense changement des mentalités et des habitudes de l'agrobusiness productiviste de l'occident.

Audrey : Il parait que la couche d'ozone s'est bien reconsolidée au-dessus de la Suède, ça montre bien que les efforts peuvent réparer, non?

La question de la couche d'ozone et du protocole de Montréal pour éliminer des CFC, est petite en comparaison des questions du changement climatique, de la raréfaction des ressources non renouvelables et de la perte de la biodiversité.

Verdâtre : Marre de s'entendre dire de ne plus prendre de bain, de manger bio, de ne plus prendre de sacs en plastique... alors que les entreprises sont celles qui polluent réellement. Quand s'en prendra-t-on vraiment à elles ?

Il y a les citoyens, il y les entreprises, vous avez raison. Tous doivent changer pour plus d'écologie.

Fichtre : Etes-vous toujours aussi anti-nucléaire que dans votre jeunesse ou avez-vous évolué sur la question ?

Je suis toujours antinucléaire : la fuite en avant technologique par le nucléaire est illusoire. Les problèmes que posent le nucléaire ne sont toujours pas résolus. Alors qu'il y a cinq ou six autres façons renouvelables de fabriquer de l'électricité.

co2 : Les écosystèmes peuvent ils encore absorber nos excès de c02?

Certains oui, la plupart non : ils sont au bord de la saturation. Que ce soient les forêts ou les océans.

Nature : Quelle est votre position sur les biocarburants?

Les AGROcarburants (ils sont tout sauf "bio") sont une illusion dangereuse. Ce sont les produits de la pression des lobbies céréaliers et béteraviers. Ils faut arréter de les subventionner, et en stopper la culture (sauf, peut-être, les huiles végétales pures locales).

Sandro : Vous le voyez comment le monde en 2022?

Très bouleversé ! La planète sera à l'agonie, et ses habitants humains très déprimés. A moins qu'un immense soulèvement mondial de la jeunesse ne mette en place une autre civilisation, plus sobre que l'industrialisme actuel.

Pop : Y a quoi de nouveau dans votre livre. Avancez-vous de nouvelles voies?

Achetez-le pour voir ! Les derniers chapitres indiquent les voies vers la décroissance, la sobriété, et la joie de vivre !

Sandy : Que pensez-vous du plan Obama pour les énergies vertes?

C'est le minimum. Mais, sauf changement de bases économiques, cela ne sera qu'un petit soulagement face à de grands maux.

Bellafelbel : Et vous, quelles sont vos actions dans votre vie quotidienne concernant l'écologie?

Je me déplace à pied, à vélo ou en métro-bus (facile pour un parisien), je mange bio tant que je le puis, j'essaie de vivre sobrement, je refuse la consommation ostentatoire...

"L'écologie ou la mort" disait René Dumont en 1974. Nous sommes devant ce choix. Vive la jeunesse qui invente un nouveau monde !






Publié dans Écologie

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pere 25/11/2009 22:18


Je viens juste de regarder vu du ciel et je n'ai qu'une chose à dire, merci
pour votre franc parler, vous avez raison nous sommes trop con pour mériter quoi que ce soit.


Francois LITTERST 23/04/2009 09:35

C'est avec une très grande émotion que je lis cet article qui parle d'Yves Cochet comme d'un honnête homme qui réfléchit, analyse une situation qui se définit bien avec le slogan "l'Ecologie ou la mort". Le problème c'est que les hommes politiques etles dirigeants économiques de ce monde sont pour la plupart des incapables, des incompétents voire des analphabètes qui vont nous conduire résolument et sans s'en douter un seul instant, vers la tragédie.

Y 11/04/2009 14:51

Pour des éléments de réflexion complémentaires sur les difficultés d'une transition, voir aussi http://yannickrumpala.wordpress.com/2008/09/01/questions-sur-la-decroissance/

Axel 30/03/2009 12:05

Je trouve cela très bien d'inciter les lecteurs de ce blog à passer par les bibliothèques pour lire des livres, j'en profite aussi pour parler de "bookcrossing" qui est un système d'échange de livres. C'est un système très varié, on peut demander un livre à quelqu'un qui nous l'envoit par la poste ou nous le prête s'il habite près de chez nous, mais également une autre solution consiste à "lacher des livres" dans la nature dans l'espoir que quelqu'un le trouve et on peut de cette façon aller à la chasse au trésor aux livres...
N'hésitez pas à jeter un coup d'oeil à ce concept intéressant.

Axel

Koldo 24/03/2009 23:14

Je crains bien que les projections en question ne soient pas si précises que ça, tant sont nombreux les paramètres à prendre en compte pour modéliser le climat à l'échelle de la planète (chaque paramètre ayant sa fourchette d'erreur d'estimation). Aussi les scientifiques sont d'ordinaire très prudents et nuancés dans leurs conclusions. En revanche lorsque leurs conclusions passent dans le domaine médiatique, elles prennent une tonalité beaucoup moins nuancée.
Dans tous les cas je ne sais pas si c'est une bonne chose de faire ce genre de prospective, je trouve que c'est plutôt démobilisateur en fait.