En voie de guérison? pas à Abu Dhabi! (L'invitée du vendredi)

Publié le par Helene

Ces dernières années, Astrid a dû suivre son mari en missions... Pas toujours facile de vivre simplement à l'autre bout du monde! Elle vous livre ici son bilan personnel...
Hélène

Je croyais être en voie de guérison mais cela ne s'arrange pas en habitant un pays désertique!


Cela fait maintenant 4 ans que je n'habite plus en France. Mon compteur kilométrique et carbone a explosé, et je n'en suis pas du tout fière. Mais avec un mari ingénieur (en développement durable, paradoxal!), et femme au foyer à cause de cette vie de migrants, j'ai longtemps eu le sentiment que je n'avais pas le contrôle total de mon mode de vie.

J'ai vécu 5 mois en Inde, à Pondichéry, puis deux ans en Ecosse, et vis à présent à Abu Dhabi (AD), aux Emirats Arabes Unis. Ce périple a été éreintant, quelquefois déprimant, mais, il m'a permis de m'alléger matériellement à chaque étape, et surtout de passer de la frustration à un peu plus de sérenité. A force de s'installer en terrain inconnu une, deux, trois fois, on finit par être moins exigeant sur son confort matériel, moins tatillon. En réfléchissant maintenant, j'avais à l'époque des exigences vraiment stupides quand je vivais à Paris.

Il me fallait tel carrelage, à trouver là plutôt qu'ici, ne jamais me dessaisir de mes livres, même de ceux que je n'ouvrirais plus jamais, et je comptais bien écumer les brocantes de la région pour amasser, amasser, amasser.
Mais le bilan ne peut s'arrêter à de la vaisselle et des livres.
Est-ce suffisant? Ce qui remplit aujourd'hui notre unique armoire et mes 20 cartons restés en France ne me permettront pas de figurer parmi les pratiquants de la simplicité volontaire, il y a aussi ce qui remplit mon estomac.

J'aime manger, découvrir de nouvelles saveurs et recettes. Je viens d'une famille où la préparation du repas accaparait beaucoup mes deux parents et c'est toujours et encore les petits plats dans les grands à la maison. Ajoutez à cela que je suis d'origine indienne et que j'ai grandi dans une culture qui donnent énormément d'importance à ce qui est cuisiné à la maison, mangé et partagé en famille et entre amis.

En partant vers l'Ecosse, j'ai emmené avec moi les poudres masala maison, les feuilles de laurier-sauce du jardin, les épices pour tagines. Parce que sait-on jamais, dans cette contrée nordique friande de pommes de terre et de sausage links, tous ces trésors auraient été introuvables... (enfin, on peut tout trouver mais à quel prix!) J'angoissais à l'idée de ne plus avoir de choix de yaourts (brassés, nature, sucré, aux fruits, aromatisés, avec de la confiture,...) que la famille écossaise de base ne consomme pas, de charcuterie française, et pire de (vrais) fromages français.

Mais il y a d'autres plaisirs culinaires, et ce n'est pas la fin du monde si on renonce à l'un puis à l'autre parce que cela ne colle plus au souvenir gustatif que l'on en a. Et depuis que j'ai quitté l'Ecosse- je suis vraiment indécrottable-j'ai la nostalgie de ce que j'y ai découvert: haggis végétarien et traditionnel, panais, carottes locales élevées à quelques kilomètres, oatcakes bio et le shortbread fait maison des mamans du mercredi matin.

Pas question ici à Abu Dhabi d'aller m'approvisionner dans un Carrefour, Abela ou Spinneys qui offrent au chaland européen ce qui lui fait défaut.

Mais tout en composant  mon témoignage, je relis les règles de Compact inscrites sur la page d'accueil de ce blog: comment observer ces préceptes quand les évènements professionnels, familiaux nous ont autant promenés?

"Petit 1- Pas d'achats de produits neufs pendant 1 an (on essaie...)" et "Petit 2- Emprunter ou acheter d'occasion", son alternative.
On a tantôt voyagé avec tout notre barda, tantôt sans. Dans les deux cas, il fallait acheter. L'Ecosse offrait un large choix d'objets d'occasion. Ici à Abu Dhabi, il existe un marché de l'occasion à cause des départs incessants d'expatriés, mais nous n'avons pas eu la nécessité de le faire. Rien de bien volontaire dans tout cela, ce sont les circonstances qui m'ont permis de rester "simple".  Bref, plus de bibliothèque à élever, plus de carrelage à poser. Pas de mérite.

"Petit 3- Les exceptions sont: la nourriture (si possible produite à moins de 200km pour éviter le coût environnemental dû au transport); la santé et l'hygiène (les produits d'entretiens sans phosphate, si possible); les sous-vêtements et chaussures"
Là, cela se complique: il y avait bien un marché de produits locaux et bio qui se tenait dans notre quartier à Glasgow tous les 15 jours, et avec le congélateur de l'appartement loué, il aurait été judicieux de faire des courses pour deux semaines. Le prix des aliments en Grande-Bretagne est déjà plus élevé que sur le continent. Et acheter bio, c'est très lourd pour le porte-feuille, même en se disant que ces pommes venues de France bon marché coûtent plus cher en carburant que ces variétés locales en voie de disparition. Je n'ai pas relevé le défi. Aïe!  Je me donnais bonne conscience en snobant les haricots kenyans ou les raisins sud-africains chez le primeur du quartier, mais péchais une semaine plus tard en achetant des concombres amers indiens arrivés par avion...

Quant à mon panier de ménagère à Abu Dhabi, hormis les dattes et quelques légumes-feuilles qui n'arriveront qu'en avril-mai, que peut-on acheter qui n'ai pas parcouru moins de 200 kms? Des oeufs de poules en batterie, du poulet logé à la même enseigne hélas. Pas de bio dans mes superettes locales, chez mes épiciers indiens. Les légumes et fruits viennent au minimum des Etats voisins -Omanou Arabie Saoudite-, ou du sous-continent indien à 3-4 heures d'avion.

Dans tous les cas, je crois que j'aurais fini par adopter une consommation plus respectueuse si j'étais restée longtemps dans chacun de ces endroits. Les bonnes résolutions ne se prennent-elles et ne s'observent-elles que dans les périodes de stabilité géographique?

Ou bien il faut le reconnaître,  il me manque les qualités principales du "compacteur" : voir loin et rester déterminé.

Astrid

Publié dans Témoignage

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sofi 03/04/2009 15:21

Je suis d'accord avec Caro...

Moi aussi je vis hors de France et ce n'est qu'au bout de quelque temps que j'ai pu découvrir les filières bio, courtes etc... Et j'ai de la chance, là oú je vis, beaucoup de chose pousse. Donc, oui, je pense que la concomation consciente est plus facile avec un peu de stabilité géographique.

merci pour ton témoignage.

sofi

Anne 03/04/2009 15:21

D'accord avec Caro. C'est pas en se tapant dessus qu'on va réussir à aller plus loin. Aies un peu d'indulgence envers toi-même !

Ton exemple est déjà édifiant si tu le compares aux choix faits par la plupart des expatriés! Alors bravo !

Caro 03/04/2009 10:44

Je trouve ton témoignage très intéressant Astrid, et perso je pense qu'il n'existe pas de "low-conso zéro défaut", que l'essentiel c'est d'y réfléchir et d'être conscient de chaque choix de consommation, en se disant que l'on fait de son mieux pour "tendre vers", mais que la perfection n'existe pas. Si la moitié des hommes de cette planète suivaient ton exemple de consommation, la terre irait déjà beaucoup mieux!