Le prix des choses - et de la réalité

Publié le par Clemence

On en a plusieurs fois discuté.
Et ça peut paraître une évidence.
Voire une banalité.
Mais les choses ont un prix.
Quand je dis les "choses", je pense aux objets.
Bien sûr.
Mais je pense + globalement à tout ce qui est issu d'un savoir-faire.

Que ce soit :
- Un économe (ah l'économe!),
- Du pain,
- Ou des légumes...
Tout cela a un coût.
Derrière ces "choses", il y a 1 personne - ou plusieurs - qui travaille(nt) manuellement et intellectuellement.

Et il en va de même pour l'immateriel :
- Des cours de piano,
- Une coupe chez le coiffeur,
- Ou un conseil architectural...
Forcément, cela a un coût.
Une personne a pris de son temps et a utilisé son outil de travail - sa tête et ses mains - pour le délivrer.

Actuellement, la notion que "tout travail mérite salaire" est mise à mal par une autre notion, celle de la gratuité.
En effet, dès lors qu il y a plusieurs acteurs sur un même marché, voire que le marché est carrément encombré, il devient indispensable de se différencier.
Se différencier grâce a la pub. D'accord.
Et se differencier par l'offre promotionnelle. Ok.
C'est ainsi que l'on peut obtenir des rabais, des offres exceptionnelles, des échantillons voire des produits gratuits.
Qui aujourd'hui ira payer son téléphone portable + de 50 euros alors que tous les opérateurs le proposent pour moins que cela lors de toute souscription d'abonnement ?

Je travaillais pour une petite entreprise de cosmetiques bio et equitables.
Et on nous demandait régulièrement des échantillons.
"Vous comprenez il faut que je teste le produit d'abord".
Certes.
Mais comment expliquer que l'on ne peut pas donner gratuitement quelque chose qui nécessite des heures de travail (en France et dans les filières équitables à l'étranger) et qui nécessite également des matières premières - qui ont aussi un coût.
Comment expliquer que l'échantillonage gratuit ne l'est pas vraiment. Ne l'est pas pour de vrai.
Les 2 euros que l'on ne paie pas aujourd'hui, on les paie indirectement en achetant ensuite le produit grand format.

Le gratuit et la notion du "tout gratuit" a sans doute etait renforcée par internet.
Certes l'abonnement pour se connecter reste payant.
Mais sur internet, beaucoup de choses - jusque là payantes - deviennent accessibles, sans coût.
- Des infos en tout genre,
- De l'actualité,
- Des dictionnaires,
- Des films.....
Certes.
On ne peut pas dire que cela pose problème.
D'ailleurs comment fonctionnerions-nous au sein du blog si nous avions du passer par une publication payante? Non cela ne pose pas forcément problème.

En effet, on ne peut pas dire que cela pose problème tant que l'on garde encore à l'esprit que, comme nous l'énnoncions + haut, "toute chose a un coût".
Si cette "chose" est gratuite, il y a 2 explications possibles :
- Elle est peut-être de moins bonne qualité que d'habitude
- Je vais la payer indirectement : par la publicité, par le fait qu'ensuite je vais acheter un grand format,...

Pour illustrer comment la notion de gratuité peut devenir problèmatique, on peut prendre l'exemple de l'information.Le marché de l'information a été chamboulé ces dernières années par 2 évènements :
- L'apparition des journaux gratuits,
- Le développement d'internet.
Combinés ensemble, ces 2 facteurs font que de + en + l'information est perçue comme gratuite. Sans coût.
Pourquoi payer pour savoir ce qu'il s'est passé alors que google news me le dit gratuitement ?
Pourquoi payer encore pour un contenu, pour une analyse ?
En gros, la presse gratuite est un peu comme une dégustation de vin.
On ne vous la fait pas payer car on compte sur le fait que vous achetiez derrière (une bouteille ou ce qui est en publicité dans votre journal).

Evidemment on ne peut pas se dire contre le tout gratuit. Non.
Mais on peut se dire contre un tout-publicité-qui-me-fait-croire-que-plus-rien-n'a-un-prix.
On peut se dire pour le prix des choses.
Pour le prix du travail.
Pour le prix du temps passé.
Pour un prix réel.
Pour une réalité des choses.



Clémence


PS : Si je parle de tout ca, ce n'est pas tellement un hasard.
Depuis 1 an, nous sommes abonnés à Arret sur Image, le site.
Nous avons donc payé un abonnement qui nous permet de voir toutes les semaines les émissions diffusées sur internet. Ces dizaines d'euros (en l'occurence 40 euros pour 1 an), nous donnent accès et financent le travail d'une équipe qui délivre une information de qualité.
Mais surtout, ces quelques euros nous garantissent l'accès à une information tout court.
C'est à dire une information sans publicité, sans coûts indirects que je ne saurais voir.
Une information qui ne me vend pas comme potentiel consommateur.
Bref une information.

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Laurent 29/03/2009 22:29

Bonjour,
Je lis avec interet votre discussion sur l'origine de la valeur, meme si je ne comprends pas (encore ?) tout. Ca me semble en effet une notion tres importante si l'on parle de "frugalité", "décroissance" ou autres, comme ici. Ou est-ce que l'on peut trouver des explications plus approfondies sur ces idées ?

Merci

Océane 28/01/2009 20:06

En effet, le coût marginal de production du mp3 est nul, et ceci est un fait.
La maison de disques ne fait rien du tout à part la mise en ligne, puisque la plupart ne prennent même plus en charge la promotion.

Il est important de ne pas confondre les notions de comptabilité. Les rémunérations de la maison de disque et de l'artiste sont issues de la valeur ajoutée. Ce ne sont pas des coûts de production.

Ces rémunérations ne sont pas liées à la qualité du travail de l'artiste ou au temps passé à composer la musique, juste au prix du mp3 et au nombre de téléchargements.

Je suis opposé à la théorie de la valeur travail.
Elle ignore un phénomène réel, le prix, et fait une hypothèse jamais démontrée qui fait du travail l'origine de la valeur.
C'est difficile à comprendre parce que la société du travail a été construite autour de cette hypothèse.

Clemence 28/01/2009 18:58

Bonjour Didier et Arthur et merci pour les idées
En effet, je ne comprends pas tellement ton point de vue Didier.
Veux tu dire que une musique à télécharger n'a absolument pas de coût car elle est duplicable?
Dans ces cas là, ça veut bien dire que l'on ignore le travail de l'artiste et oui, même celui de la maison de disque. Est ce un raisonnement viable d'ignorer ces coûts?
La dématérialisation est, je crois, justement un leurre de gratuité. Certes l'objet n'existe pas, mais il y a bien un travail derrière non?

Didier 28/01/2009 16:25

Bonjour Arthur,

les posts de Clémence sont très imprégnés de ce que Marx appelait le "fétichisme de la valeur".
Je trouve qu'affirmer de telles convictions "pour un prix réel" est typique de l'aliénation des consciences à l'économie.

Ton exemple des contenus en ligne est très parlant. Les contenus dématérialisés sont duplicables à l'infini, ne représentent aucun coût de fabrication et aucun coût de stockage ou presque. On est dans un économie de rente qui ne dit pas son nom.

La gratuité ou l'abondance qui est le propre de ces contenus dématérialisés est la pire ennemie du capitalisme, qui cherche par tous les moyens à recréer de la rareté pour pouvoir faire du profit.

L'argumentation "première gorgée de bière" sur le plaisir qu'on ressent à payer les choses qu'on acquiert ignore l'enjeu de civilisation qu'il y a derrière la gratuité.

Arthur 28/01/2009 14:07

> Didier : Je ne comprends pas vraiment ton commentaire, pourrais-tu développé ?
Il me semble que l'objet du post est de dire que nous sommes aujourd'hui rentré dans une logique du "tout gratuit" qui n'est bénéfique pour personne (si j'ai bien compris votre point, clémence).

Par ailleurs j'ajoute à cette reflexion une partie sur la culture gratuite, "téléchargeable". Il y a de plus en plus d'objets culturels (livres, musique, etc.) et nous sommes de moins en moins prêt à payer pour y accéder. "attend, télécharger ça ne tue pas les artistes, ce sont les majores...", j'entends souvent ce type de phrase dans mon entourage et ça me pose un problème. Cette habitude qui s'est mise en place reflète cette ère du "tout gratuit". Nous perdons conscience petit à petit, qu'écouter une chanson ou lire un livre est un plaisir. Ce plaisir a une valeur, fonction de la popularité, un coût, reflètant le travail effectué, et un prix, qui pourrait être adapté en fonction des revenus de chacun.